Mercredi 15 décembre 2010 3 15 /12 /Déc /2010 17:49

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LETTRE n°22 AUX PRESIDENTIABLES de 2011


La question de la religion et la laïcité de l’Etat béninois

Pouvons-nous débattre du rôle des religions dans l’Etat laïc béninois ?

 

Chers présidents potentiels de 2011, cette lettre traite de la place de la religion et des influences religieuses dans la gestion des affaires de l’Etat. Cette question, nous l’admettons volontiers, est délicate et mérite d’être traitée avec beaucoup de sérieux et de circonspection. Mais elle doit être traitée et ne devrait sous aucun prétexte être évitée, surtout par les présidents de la République que vous êtes potentiellement. Avant d’aller plus loin, il convient de clarifier un certain nombre de points.

Le rôle de la religion
Premièrement, nous affirmons sans ambages notre attachement inconditionnel aux libertés et droits fondamentaux des citoyens, y compris la liberté de religion. Pour nous, tout citoyen béninois doit se sentir libre de vivre sa conviction et ses pratiques religieuses quelles qu’elles soient, dans les limites des lois de la République et avec la tolérance que requiert notre contexte de pluralité religieuse. Nous sommes même d’avis qu’un candidat à l’élection présidentielle ou un président de la République qui, dans la tolérance et le respect de la laïcité, est fidèle à ses propres convictions religieuses et aux valeurs qu’elles véhiculent, inspirera plus de confiance au peuple béninois qui est, lui-même, profondément religieux. Nous attendons donc de vous, chers présidents potentiels de 2011, que vous considériez non seulement la protection mais aussi la promotion de la liberté de religion de vos compatriotes comme un devoir sacré.
Deuxièmement, nous pensons aussi que les religions peuvent aider à doter tout citoyen des valeurs indispensables pour le bon fonctionnement d’un système démocratique digne de ce nom. En effet, qui pourrait nier que la religion sincère développe chez les citoyens des valeurs telles que la charité, la justice, l’amour de l’égalité et de la vérité, l’amour du prochain, la tolérance etc., valeurs nécessaires pour la cohésion, la paix et même le développement de la jeune démocratie béninoise.
Et puis c’est un fait que dans nos sociétés, probablement en raison du caractère récent du processus démocratique, les citoyens sont généralement beaucoup plus conscients de leurs droits que de leurs devoirs, et nettement plus enclins à revendiquer les premiers qu’à assumer les seconds. Dans un tel contexte, sans préjudice des droits des citoyens, les religions peuvent être des sources irremplaçables de prise de conscience des devoirs, du sens de la responsabilité, de la capacité de gratuité, de sacrifice et d’abnégation sans lesquels rien de durable ne peut se construire.
En outre, l’horizon de la religion étant plus vaste que celui de la construction de la cité terrestre, la religion peut aider à éviter l’absolutisation du pouvoir personnel d’une part, et, d’autre part, fournir aux groupes humains les fondements d’une audace et d’une espérance communes qui ne se limitent pas aux intérêts égoïstes ni à l’immédiateté.
Chers présidents potentiels de 2011, si vous êtes élu, protéger et promouvoir la liberté de religion et l’influence bénéfiques des confessions religieuses sur les citoyens devrait vous faciliter la tâche et augmenter les chances de développement paisible et harmonieux de notre pays.

La laïcité
Mais, chers candidats potentiels de 2011, vous conviendrez avec nous que le pouvoir religieux d’une part et le pouvoir de l’Etat d’autre part doivent trouver une manière de se rencontrer – puisque ce sont parfois les mêmes citoyens qui les animent – sans pour autant se mélanger ni se détruire.
Voilà, entre autres, pour-quoi dès son article 2, la Constitution du 11 décembre 1990 a clairement prescrit la laïcité de l’Etat, c’est-à-dire la séparation de la «Communauté politique du Bénin» de «toutes les communautés religieuses». La même Constitution interdit toute discrimination basée sur la religion (art. 26 et 36).
Or, il y a des phénomènes qui prennent corps et que nous ne pouvons pas ignorer, qui suscitent un certain nombre d’interrogations. Aux côtés du pouvoir d’Etat, quels doivent être la place et le rôle des chefferies et autorités religieuses traditionnelles qu’on appelle couramment « les têtes couronnées » ? Quelles attitudes devons-nous avoir en tant que nation devant certains groupes chrétiens qui entendent contrôler et gérer le pouvoir politique ? Ou encore face à certaines poussées extrémistes qui se disent islamiques et émergent dans la sous-région ?
De tels phénomènes expliquent, chers présidents potentiels de 2011, que nous, vos compatriotes, soyons de plus en plus inquiets devant ce que nous pouvons considérer comme une politisation croissante de la religion au Bénin depuis une quinzaine d’années, où prosélytisme religieux et prosélytisme politique se mêlent. Aujourd’hui, le doute grandit au sein de l’opinion en ce qui concerne le rôle de la religion dans la gestion des affaires de l’Etat et l’indépendance des communautés religieuses vis-à-vis du Pouvoir d’Etat.
Chers présidents potentiels de 2011, vous conviendrez aisément avec nous qu’il serait dangereux d’en arriver à un point où l’autorité morale religieuse serait décrédibilisée, où le sacré se viderait de son sens, ou bien où des Béninois ressentiraient l’appartenance religieuse comme un facteur de discrimination. Voilà pourquoi vous nous rassureriez et, éventuellement, emporteriez notre soutien, si vous pouviez partager avec nous votre position en répondant aux quelques préoccupations ci-dessous.

Questions
En guise de première question, chers présidents potentiels de 2011, pensez-vous comme nous que les Béninois ont aujourd’hui des doutes voire des inquiétudes quant aux rapports entre l’Etat et les religions ? Si oui, comment pouvez-vous expliquer, sans polémique ni démagogie, que nous en soyons arrivés là ? Quelles sont, selon-vous les maladresses et les erreurs, qui ont pu nous conduire à cette situation ? Et comment se sont-elles manifestées ? Etes-vous conscients que nul n’est à l’abri, aucun chef de l’Etat béninois ?
En conséquence, si vous êtes élu Président de la République en 2011, quelles seront les relations entre votre Gouvernement et les communautés religieuses de notre pays ? Plus précisément, en quoi ces rapports seront-ils différents de ce qui a été observé au Bénin ces 20 dernières années ? Que comptez-vous faire de façon concrète pour réduire le sentiment chez vos concitoyens que les rapports entre l’Etat et les communautés religieuses tendent à sortir voire sont sortis du cadre tracé par la Constitution du 11 décembre 1990 ?
Enfin, chers présidents potentiels, que comptez-vous faire pour la protection et la promotion de la liberté de religion au Bénin ? Pouvez-vous nous assurer que vous ne tenterez pas, une fois au pouvoir, d’instrumentaliser les communautés religieuses ? Pourquoi devrions-nous vous croire ? Afin de nous rassurer complètement, pouvez-vous partager avec nous quelques critères clairs et précis sur la base desquels nous pourrons vous demander des comptes le moment venu ? En fait, c’est simplement du respect de notre Loi Fondamentale, le bréviaire de la République, qu’il s’agit.
 

André Quenum


Lettre aux présidentiables de 2011
Suite  à  l’enthousiasme  qu’a  généré  la lettre adressée aux candidats à la présidentielle de 2011 sous la plume du politologue Mathias  Hounkpè, votre  hebdomadaire  La Croix du Bénin vous invite à lui faire part de vos préoccupations importantes pour enrichir par une  méthode  participative l’initiative  de la série de lettres  à adresser aux présidentiables de 2011.
Ecrivez-nous par tous les moyens (mails, Sms, Poste…) aux adresses suivantes :

01 BP  105 Cotonou, C/555 derrière l’église Saint Michel de Cotonou

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Mercredi 8 décembre 2010 3 08 /12 /Déc /2010 20:36

Logo 1 Attente President 2011La question de la qualité technique du Gouvernement 1


Cette lettre attire l’attention des présidents potentiels de 2011 sur la formation de gouvernements de qualité du point de vue technique qui doit rester pour eux une préoccupation majeure.


Chers présidents potentiels de 2011, cette lettre n°21 porte sur la qualité technique du Gouvernement. A l’instar de la précédente lettre, il n’est pas question ici de prendre des engagements clairs et fermes sur des questions précises mais plutôt de partager avec vous quelques éléments dont la prise en compte pourrait, à notre avis, aider dans la formation de gouvernements de qualité du point de vue technique. Car, comme vous le savez, pour celui d’entre vous qui sera élu, les chances de succès dans la recherche de solutions aux préoccupations des citoyens sont très minces s’il forme des gouvernements dont les membres n’ont pas les compétences nécessaires pour l’aider à gouverner.
Chers présidents potentiels de 2011, aussi loin que l’on remonte dans le temps et dans l’espace, la question de la compétence des membres du Gouvernement n’a jamais été négligée. En effet, que ce soit dans les cités républicaines de la Grèce antique ou de Florence (14e siècle) ou dans certains royaumes du Bénin précolonial (Porto-Novo et Abomey), des mécanismes existaient pour réduire les risques de sélection de gouvernants incompétents. Chers candidats potentiels de 2011, vos futurs électeurs seraient heureux et rassurés de savoir que vous pensez déjà aux moyens à mettre en œuvre pour éviter aux citoyens béninois d’être gouvernés par des incompétents et/ou des personnes qui n’en sont pas dignes.
C’est la même préoccupation qu’avait M. Bill Clinton, ancien Président des Etats-Unis d’Amérique, lorsqu’il mettait un soin particulier à choisir comme ministres des personnalités de compétence technique avérée. Ainsi, M. Clinton nous dit2 qu’il a «… choisi telle personne parce que cette dernière partageait ses ambitions de restaurer la croissance et de réduire la pauvreté … telle autre parce qu’elle avait été capable de réaliser telle prouesse par le passé et donc qu’il y avait de grandes chances qu’elle réussisse au poste auquel il s’apprêtait à la nommer … encore telle autre personne parce que, étant donné ses performances passées, si quelqu’un était capable de faire bouger la bureaucratie du Secrétariat au commerce, c’était bien lui …  …». Bref, le Président Clinton finit en disant qu’il était sûr à la fin du processus d’avoir composé un «gouvernement d’une compétence indiscutable …». Nous souhaiterions, chers présidents potentiels de 2011, que celui d’entre vous qui sera élu ait ce même type de sentiment, soit en mesure d’exprimer une satisfaction analogue justifiée à chaque fois qu’il finira de former un Gouvernement.
Selon M. Thomas E. Patterson dont nous partageons l’avis, parlant des Etats-Unis d’Amérique, le président élu «gagne d’importants avantages à travers son pouvoir de nomination de personnalités capables de constituer une source d’idées et d’informations utiles pour ses décisions en matière de politique»3. Chers présidents potentiels de 2011, nous vos compatriotes souhaiterions que celui d’entre vous qui sera élu considère la liberté quasi-totale dont jouit le Président béninois dans le choix des membres de son Gouvernement comme un atout important pour lui, et ceci d’autant plus que, comme vous le savez bien, son homologue américain est beaucoup moins libre que lui dans le choix de ses premiers collaborateurs que sont les membres du Gouvernement.
Cependant, bien que limitant la liberté du Président, le fait que l’aval du Sénat américain est obligatoire pour la confirmation de tout membre du Gouvernement proposé par le Président des Etats-Unis, constitue un filtre qui aide à réduire les risques  de nomination de ministres (ou de responsables à des postes importants) incompétents. Voici quelques exemples de propos qu’il est possible d’entendre de la part des membres du Sénat pour suggérer le rejet d’une proposition de nomination parce que le candidat proposé «… n’a aucune expérience sur les questions du département pour lequel il est proposé … parce que ses performances passées n’entrent pas en droite ligne avec la vision et les objectifs annoncés par le Chef de l’Etat (et donc qu’il risquerait de ne pas être utile à ce dernier)… parce qu’il ne montre aucune maîtrise du caractère délicat et de l’importance des charges que représentent les fonctions du département ministériel auquel il aspire…». Les citoyens béninois apprécieraient de savoir, de celui d’entre vous qui sera élu, chers présidents potentiels de 2011, qu’il sélectionne les membres de ses différents gouvernements sur la base de critères comparables.
On le sait, l’observation attentive des nominations aux différents postes de ministres (ainsi qu’à quelques autres hautes charges de l’Administration) révèle le poids dominant de deux critères principaux : la provenance géographique (en vue de l’équilibre régional) et l’appartenance politique. Si le second critère est normal et classique, le premier semble particulièrement accentué au Bénin. Soyons réalistes : la question n’est pas de rejeter un tel critère qui n’est pas sans fondement dans notre contexte sociopolitique spécifique. Il est plutôt question de le « doser », c’est-à-dire de l’utiliser avec circonspection et justesse, d’une part ; et de ne pas sacrifier la compétence technique, la qualité du Gouvernement sur l’autel de la provenance géographique ou de l’équilibre régional, d’autre part, pas plus d’ailleurs que de favoriser ou d’encourager l’étrange habitude selon laquelle chaque coin ou recoin de notre pays devrait avoir « son » ministre, son directeur général ou directeur de cabinet.
Pour finir, disons simplement que contrairement à une idée répandue, être un diplômé et/ou un bon technicien ne suffisent pas pour être un bon ministre de la République. En effet, être, par exemple, un chirurgien de renommée internationale ou encore un chercheur (même nobélisable) ayant fait des découvertes d’une portée scienti-fique incontestable constitue difficilement une garantie lorsqu’il est question d’assumer les charges de ministre de la Santé ou de l’Enseignement supérieur, par exemple. Ceci tout simplement parce que les qualités techniques requises pour être un bon professionnel (quel que soit le domaine considéré) ne sont pas les mêmes que celles qu’exige la direction d’un département ministériel.
En réalité, les qualités qui font d’un candidat à une charge ministérielle ou à un poste important de l’administration le meilleur choix pour le Président (et pour le peuple) sont différentes de celles  qui font un bon technicien dans un domaine donné du savoir, même si elles ne sont pas nécessairement antagoniques. Le préalable nécessaire, à notre humble avis, pour diriger un département ministériel, c’est d’abord et avant tout la compréhension   à un niveau raisonnable des problèmes du département en question. C’est ensuite une vision, en ce qui concerne les objectifs souhaitables compte tenu de notre niveau actuel de développement ; vision qu’il faut partager et harmoniser avec celle du chef de l’Etat dans le domaine en question. C’est également quelques idées en ce qui concerne les approches de solutions aux problèmes identifiés et sur la manière d’assurer le développement du département ministériel en question. C’est encore une capacité de conduite et de coordination des compétences nécessaires et/ou disponibles au niveau du département ministériel ou de l’administration publique, d’aucuns diraient une capacité de leadership, etc.
Telles sont, chers présidents potentiels de 2011, quelques idées que nous souhaitons partager avec vous en espérant qu’elles concourent à attirer votre attention sur la question majeure de la qualité technique des gouvernements.

Mathias Hounkpè

Notes
1 Le contenu de la présente est la synthèse de publications parues dans les no 949, 953, 954 et 956 de la Croix du Bénin.
2 Dans son Autobiographie intitulée « Ma Vie », parue en 2004
3 Thomas E. Patterson, The American Democracy, Election édition 2001.

 

Lettre aux présidentiables de 2011
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Mercredi 17 novembre 2010 3 17 /11 /Nov /2010 21:23


Logo 1 Attente President 2011Le traitement réservé à l’Opposition


Depuis maintenant 5 mois, La Croix du Bénin interpelle régulièrement les présidentiables potentiels, pour les inciter à présenter au peuple béninois des programmes précis, concrets et cohérents. Pour terminer cette série de lettres, nous souhaitons aborder la manière dont est exercé le pouvoir, en demandant aux candidats de renoncer explicitement à certaines pratiques nocives pour la démocratie, particulièrement dans le traitement réservé à l’opposition.


Il convient de reconnaitre d’emblée que la question du traitement réservé à l’Opposition depuis les premières années du Renouveau démocratique est une question complexe et  difficile à résoudre, dans la mesure où elle a trait avant tout à la culture politique, même si les lois peuvent y contribuer. Quoi qu’il en soit, la question a de telles conséquences qu’on ne saurait la passer sous silence.
Messieurs les présidents potentiels de 2011, comme vous le savez, le problème vient d’une pratique solidement ancrée dans nos mœurs politiques depuis la seconde moitié du premier quinquennat du Renouveau démocratique. Plus précisément, depuis le célèbre appel de Goho qui comportait la fameuse allégorie de la rivière, en 1993. Quand le Président Nicéphore D. Soglo, à l’occasion de la création par son épouse du parti « La Renaissance du Bénin », avait lancé un appel à tous les acteurs de la classe politique qui le soutenaient à rejoindre son parti, affirmant notamment que « la biche ne peut pas se fâcher avec la rivière ».… Cette pratique redoutable, une sorte de règle du « Tout ou rien », se traduit en politique politicienne par la confiscation de toute la mise par le vainqueur de l’élection présidentielle. Si jusque-là il n’y a encore rien de très préoccupant, c’est dans le fait que le vainqueur écrase son adversaire, le pourchasse jusque dans ses derniers retranchements, bref lui fait regretter d’être de l’Opposition que le bât blesse.
Des exemples existent pour illustrer cet état esprit, une sorte d’avatar du « spoil system » américain, qui s’observe chez nos acteurs politiques. Par exemple  c’est ce que rétorquait crûment à son adversaire un homme politique appartenant au camp du candidat vainqueur en 2001, sur des plateaux de télévision lors de la nuit électorale consécutive au 2e tour de l’élection présidentielle. En substance : « Vous êtes battus ! Le Général l’a emporté. Si vous ne nous rejoignez pas, pendant les 5 ans qui viennent vous n’aurez absolument rien. Vous n’aurez rien du tout ! » Mais ce n’est pas tout. En 1998, un ancien ministre, acteur politique célèbre aujourd’hui disparu, expliquait : «Vous ne pouvez pas imaginer ce qui se passe… Moi, je dirige une entreprise privée, mais je ne peux avoir aucun marché public [...] On vous envoie le fisc […] On vous poursuit jusque dans votre vie privée, même jusque chez votre maîtresse si vous en avez ». Les conséquences de cette règle du « Tout ou rien » sont préoccupantes. L’une d’elles est que personne ne veut faire franchement de l’opposition au point que même ceux qui y sont évitent, sous divers prétextes, de le dire clairement et de remplir les formalités légales (pourtant purement formelles) prévues, quitte à friser le ridicule. Une autre conséquence tient à ce qu’on pourrait appeler le phénomène du cheval gagnant : à l’approche d’une élection présidentielle indécise, la plupart des acteurs politiques attendent aux aguets de voir dans quel sens soufflera le vent avant de faire leur choix, le but étant de tout faire pour être du côté du vainqueur. Ce phénomène a un autre pendant : la technique du « Un pied dedans, un pied dehors !» ou l’art d’être avec son candidat, Président de la République en exercice ou candidat « sérieux » pour le devenir, tout en étant avec son ou ses adversaires de façon à toujours finir par se retrouver du bon côté. La règle d’or est, bien évidemment, pour des acteurs politiques subitement peu diserts et calculateurs, de ne jamais être du côté du perdant. 2006 a été un point culminant de ce genre de situations, et 2011 s’annonce un tout aussi bon cru !
Pire, la perspective de la traversée du désert et d’être privé de tout rend les compétitions électorales particulièrement âpres et acerbes, avec des tensions exacerbées et des risques de violences. Il faut gagner par tous les moyens, même les plus inavouables. Au point où il n’est pas rare d’entendre déjà actuellement, hors-micro, certains acteurs affirmer que s’ils perdaient les futures élections (2011), ils préféreraient encore s’exiler volontairement plutôt que d’affronter ce qu’ils savent les attendre. Dans une certaine mesure mais seulement dans cette mesure-là, l’âpreté résolue des compétitions électorales peut se comprendre car, pour la plupart des acteurs, il ne s’agit pas seulement d’une lutte politique mais véritablement d’une question de survie. Ceci est d’autant plus vrai que nous sommes dans un contexte où l’Etat est le principal client de la plupart des entreprises privées. Par conséquent, même lorsqu’on exerce des activités relevant du secteur privé, on risque de payer le prix de l’opposition au pouvoir en place. A l’opposé de ces situations, on voit fleurir toutes sortes d’entreprise « ad hoc », c’est-à-dire expressément créées par des partisans mués en entrepreneurs pour les besoins de la cause, parfois juste le temps de recueillir les fruits de leur militantisme politique.
Chers présidents potentiels, telle est la situation, que vous connaissez fort bien, beaucoup mieux que nous qui n’en avons développé que quelques aspects. Bien que la solution soit moins évidente, comme nous le disions au début, certaines initiatives sont possibles et nécessaires. D’où les questions que nous vous posons ici dont les réponses  montreront votre volonté de corriger certains travers de notre système et, ce faisant, de renforcer la démocratie.

Questions aux présidentiables
Messieurs les présidents potentiels, tout d’abord, que pensez-vous de cette situation ? Les choses sont-elles bien comme nous les avons décrites ? Trouvez-vous cela normal ? Pensez-vous qu’il faut laisser cette situation telle quelle ou avez-vous songé à la changer ? Comment ?
Ensuite, comment pouvez-vous nous assurer qu’une fois les rênes du pouvoir entre vos mains, vous ne vous en servirez pas  pour  faire  regretter à vos adversaires  et  à  ceux  qui  n’auraient  pas voté pour vous leur choix politique ? Quelles garanties leur offrez-vous quant à la pleine jouissance de leurs droits  et à l’accomplissement normal et régulier de leurs devoirs, quant au libre exercice de leurs activités socioéconomiques ? Que  pouvez-vous   faire   pour  modérer les ardeurs souvent belliqueuses de vos partisans en cas de victoire ? Que proposez-vous pour  systématiser  le  respect  et  l’écoute  de l’opposition sur les grands problèmes du pays ? A ce sujet, plusieurs initiatives prises par certains de vos prédécesseurs au Bénin, mais aussi probablement dans d’autres nouvelles démocraties de la sous-région, ne manquent pas d’intérêt et mériteraient d’être approfondies, améliorées et reconduites. On peut mentionner la consultation des principaux leaders de l’Opposition sur certaines questions d’intérêt national, encore faudrait-il éviter qu’il s’agisse là d’une opération purement cosmétique. 
D’autre  part, quelles mesures concrètes et vérifiables prendrez-vous pour introduire la plus grande équité possible dans les marchés publics ainsi que dans l’utilisation de l’arme fiscale ? Pensez-vous qu’il soit possible de prévoir des voies de recours effectives et suffisamment crédibles pour garantir la justice dans ce domaine, de sorte que l’appartenance politique ne soit ni un handicap ni un atout ? Si oui, comment ?
Enfin, au delà des discours, que proposez-vous pour dépolitiser effectivement l’Administration publique ? Que pensez-vous d’une commission permanente, comme c’est le cas dans certains pays (comme le Botswana, le Ghana, le Nigeria etc.) ? C’est à dire une Commission du service public qui est expressément chargée des recrutements dans l’Administration publique, qui garantit le respect des conditions d’équité, de transparence, de compétences et, parfois même, d’équilibre régional. Bref qui est chargée de choisir effectivement les meilleurs, sans tenir compte de leur tendance politique. Des exemples existent qu’il conviendrait d’interroger afin d’en tirer le meilleur pour notre pays. Nous ne nous lassons pas de le répéter, chers présidents potentiels : vous y avez tous intérêt car il s’agit de l’Opposition d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Sur cette question cruciale, il est urgent d’agir. Henry Kissinger ne disait-il pas : « Aucun effort n’est jamais perdu. Il est toujours plus sage de lutter et de batailler contre le courant des événements plutôt que d’attendre une époque favorable» ?

 

Francis Lalèyè

 

 

 

Lettre aux présidentiables de 2011
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Mercredi 10 novembre 2010 3 10 /11 /Nov /2010 18:16

Logo 1 Attente President 2011La question des dossiers non résolus.

Au Bénin, les régimes se succèdent laissant en suspens des affaires non réglées. La 19e lettre qui s’adresse aux présidentiables de 2011 leur demande donc de prendre une position claire sur ces dossiers non résolus.


Chers présidents potentiels de 2011, cette nouvelle lettre qui vous est adressée aborde ce que nous appelons les «dossiers non résolus». Nous désignons par là les multiples scandales sans suites judiciaires probantes qui ont eu lieu sous les différents régimes au Bénin depuis l’accession du pays à l’indépendance. Pour un grand nombre de ces scandales, certains acteurs-clés sont connus, on sait parfois même en détail le rôle joué par eux.

Aucune suite donnée aux dossiers
Et pourtant… il ne se passe rien. Non seulement aucune suite n’est donnée au dossier, mais les acteurs en question poursuivent impunément leur vie publique et même politique, se permettant souvent de tenir le haut du pavé, comme si de rien n’était. Telle la caravane qui continue simplement son chemin, indifférente aux aboiements des chiens.
«Dossiers non résolus» : cette expression ressemble au titre d’une émission radio ou télé à sensation. Mais derrière elle se cache une question qui constitue, chers présidents potentiels de 2011, un véritable drame pour nous, vos compatriotes. En effet, ces «Dossiers non résolus» représentent des torts causés à notre pauvre pays aux ressources limitées - selon la formule consacrée - qui portent souvent sur des sommes faramineuses (plusieurs milliards de Fcfa). Il peut s’agir, par exemple, d’infrastructures de service public de base mal réalisées, ou tout simplement non réalisées, mais dont les fonds sont pourtant bel et bien sortis des caisses de l’Etat. Ou encore de ressources publiques dilapidées dans des transactions de toutes sortes. La liste est longue.
Ces «Dossiers non résolus», vous le savez également chers présidents potentiels de 2011, portent un coup sérieux qui, à terme, pourrait devenir fatal, à l’un des piliers de toute société démocratique : l’égalité des citoyens devant la loi et la justice. En effet, «dossier non résolu» après «dossier non résolu», les Béninois finiront par se convaincre qu’ils ne sont pas tous égaux en droits et en devoirs. Ils finiront par penser que le degré d’impunité augmente proportionnellement au niveau de l’ascension sociale et/ou politique des présumés coupables. Ils risquent, par conséquent, de perdre toute confiance dans la justice. Sans oublier que ceci ne peut qu’encourager tous ceux qui le souhaitent à poursuivre la razzia vis-à-vis du bien public puisqu’aucune crainte de sanction ne les en dissuade.

Une série de dossiers non résolus
Chers présidents potentiels de 2011, comme vous le savez aussi, quasiment tous vos prédécesseurs ont eu droit à leur lot de dossiers. Il ne nous paraît pas nécessaire de nous étendre sur ces dossiers qui ont en leur temps défrayé la chronique, qu’il s’agisse des affaires Kovacs, usines d’égrenage de coton, Titan, Cen-Sad etc. Mais si nous en sommes à parler de «dossiers non résolus» aujourd’hui, ce n’est pas non plus faute de tentatives de résolution (du moins en apparence) de certains de ces dossiers. Malheureusement pour nous et pour le Bénin, rien ne semble pouvoir empêcher la continuation des scandales, et rien ne semble possible pour la poursuite et la sanction des coupables. C’est du moins notre impression aujourd’hui, une impression aussi tenace que ce sentiment lancinant d’impunité dont rien ne semble pouvoir venir à bout. Voilà pourquoi il nous paraît important de vous entendre sur la question, alors que vous vous préparez à solliciter nos suffrages.

Des questions
En guise de première question, chers présidents potentiels, pensez-vous comme nous que ce sentiment de «dossiers non résolus» est fondé? Pensez-vous que les Béninois ont raison lorsqu’ils estiment que vos différents prédécesseurs, y compris peut-être vous-même, ont échoué face aux scandales et à leur résolution ? Nous avons besoin de votre réponse, ne serait-ce que faire la part du vrai et de la rumeur, et pour que chacun sache une fois pour toutes à quoi s’en tenir. Partagez-vous notre sentiment que dans tous les dossiers de ce genre, une sorte de silence se fait à un moment donné, le temps que l’oubli fasse son œuvre ? Si la réponse à ces questions est négative, c’est une bonne nouvelle, mais pouvez-vous alors nous donner les éléments et informations qui fondent votre position ? Et si votre réponse à la plupart de ces questions est positive, alors quel état faites-vous aujourd’hui des «dossiers non résolus» ?
Ensuite, chers présidents potentiels de 2011, pourquoi selon-vous vos prédécesseurs n’ont-ils pas réussi à empêcher ou tout au moins à réduire de manière substantielle tant les scandales que le nombre de «dossiers non résolus» ? Pouvez-vous nous expliquer pourquoi, malgré leurs professions de foi, malgré les moyens souvent mis en œuvre et les actions menées, ils n’ont pas de résultats tangibles à brandir ? Si vous êtes capable de nous montrer que vous comprenez les difficultés réelles à prévenir les scandales et à résoudre devant la justice les affaires qui en découlent, cela nous aidera à envisager l’avenir sous votre éventuelle présidence avec plus de sérénité.
Troisièmement, chers présidents potentiels de 2011, pourquoi devons-nous croire que sous votre mandat, il y aura moins de scandales que sous ceux de vos prédécesseurs ? De façon concrète, quelles mesures comptez-vous prendre pour nous garantir de manière crédible qu’avec vous, il y aura moins ou, encore mieux, qu’il n’y aura pas du tout d’affaires à odeur de souffre ? Comment pensez-vous avoir plus de chances de succès que vos prédécesseurs ?
Enfin, que comptez-vous faire différemment de vos prédécesseurs si des scandales surviennent malgré tout ? Et que pensez-vous faire des fameux «dossiers non résolus» existants? Que pouvez-vous proposer de façon crédible aux Béninois pour solder ces anciens comptes qui nous hantent, servent parfois de fonds de commerce politique ou encore, par moments, d’instruments d’intimidation pour continuer à empiler les «dossiers non résolus» ?
Chers présidents potentiels de 2011, soyez convaincus que des réponses sérieuses à ces préoccupations vous élèveraient dans l’estime de vos compatriotes, vos futurs électeurs.

Mathias Hounkpè

 

 

Lettre aux présidentiables de 2011
Suite  à  l’enthousiasme  qu’a  généré  la lettre adressée aux candidats à la présidentielle de 2011 sous la plume du politologue Mathias  Hounkpè, votre  hebdomadaire  La Croix du Bénin vous invite à lui faire part de vos préoccupations importantes pour enrichir par une  méthode  participative l’initiative  de la série de lettres  à adresser aux présidentiables de 2011.
Ecrivez-nous par tous les moyens (mails, Sms, Poste…) aux adresses suivantes :

01 BP  105 Cotonou, C/555 derrière l’église Saint Michel de Cotonou

E-mail : contact@lacroixdubenin.com
Tél. : 229 95 45 57 57 -  229 97 98 85 75

Par Journal La Croix du benin
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Mercredi 10 novembre 2010 3 10 /11 /Nov /2010 18:12


Logo 1 Attente President 2011La question de l’aménagement du territoire.


La cohérence d’un projet de société doit intégrer les atouts et les limites du territoire sur lequel vivent et se déplacent les citoyens de cette société. C’est par rapport à ce souci de cohérence que la question de l’aménagement du territoire est proposée aux candidats présidentiables par l’abbé André Quenum.


Chers candidats potentiels de l’élection présidentielle de 2011, il semble qu’au fur et à mesure que la population nationale croît, les Béninois éprouvent de plus en plus de difficultés à s’installer, à habiter décemment leur propre territoire et à s’y mouvoir de façon efficiente et sécurisante. Que vous soyez vous-mêmes du sud, du nord, de l’est, de l’ouest ou du centre, vous en conviendrez avec nous.

Les souffrances des citoyens
Chers présidentiables, peut-être avez-vous eu l’avantage de construire pour votre propre compte de grandes maisons en ville et/ou dans votre village d’origine. Mais la grande majorité des Béninois ne peut pas s’acheter facilement une parcelle et se construire une maison décente. Dans nos villes, les conflits domaniaux s’accumulent, comme toujours. Nos tribunaux y sont fort habitués, tant ils en sont remplis. Dans les zones rurales, un phénomène prend de l’ampleur : de grands acquéreurs acquièrent et contrôlent de vastes superficies de sorte que la disponibilité des  terres à cultiver par les paysans tend à devenir de plus en plus un problème au point de créer des conflits. Pendant ce temps, la population urbaine ne cesse de croître alors que de moins en  moins de Béninois vivent dans les villages. A travers le pays, les voies d’eau, les vallées, les zones montagneuses et les forêts demeurent des obstacles que les politiques et les pratiques des communautés humaines ne réussissent pas à transformer en atouts pour améliorer l’environnement de vie et la capacité de production des Béninois et du Bénin. De Matéri à Ouèssè en passant par Parakou, les braves populations de l’Atakora cherchent des terres riches à féconder de leur sueur et on a le sentiment que presqu’aucune politique publique n’analyse à fond leurs besoins pour aider à gérer cette migration au mieux des populations qui se déplacent et de celles qui doivent les accueillir. Depuis des décennies, la vallée de l’Ouémé est pompeusement clamée comme la deuxième vallée la plus riche d’Afrique après le Nil. Et pourtant, l’on en entend parler lorsqu’il y a des inondations plus que par les produits qui y sont cultivés.
C’est surtout au niveau des moyens de communication et de transport que les souffrances des citoyens sont quotidiennement visibles. Se déplacer au Bénin par les transports publics reste une gageure. Le Bénin fait partie des pays de la sous-région qui n’ont quasiment pas de transport public. Les camions et les gros-porteurs qui se renversent quotidiennement sur le trajet nord-sud sont, entre autres, des indicateurs flagrants des besoins d’aménagement routier. Pour transporter les produits tels que le coton, l’ananas, les oranges, le charbon, etc. ce sont souvent des embarcations de fortune qui circulent sur toutes les routes du pays, ce qui constitue un danger public permanent. De Comé à Sèhoué, certaines routes nationales sont envahies à certains niveaux par le marché ou les habitations.
Les exemples sont innombrables et peuvent être racontés à l’infini. Mais les quelques-uns évoqués ici suffisent pour induire que, en dépit de toutes les promesses électorales du passé, des efforts fournis pour des projets comme la réforme et la sécurisation du foncier, des grands travaux publics engagés par les gouvernements successifs, il semble persister un déficit de stratégie et de vision dans l’aménagement du territoire, à moins qu’il s’agisse plutôt actuellement, si la situation a évolué, d’un problème de mise en œuvre.
Chers présidentiables, vous comprendrez donc que nous ne sommes pas intéressés par des allusions vagues dans votre projet de société ou par des promesses de campagnes électorales vides. Il sera difficile aux Béninois de se laisser convaincre par des initiatives isolées, aussi importantes soient-elles, touchant seulement à un aspect ou un autre des vastes préoccupations concernant l’aménagement de tout le territoire. C’est pour cela que nous proposons les questions qui suivent.
Chers présidentiables, ce territoire que nous appelons le Bénin, que devons-nous en faire selon vous ? Quel est ou quel devrait être le plan directeur du Bénin selon vous? Comment envisagez-vous de zoner le territoire national pour la production végétale, halieutique et animale ? Comment envisagez-vous de zoner le pays dans l’utilisation des terres disponibles, dans la mise en valeur des vallées, des coteaux et des monts ? Comment pensez-vous zoner le territoire national pour une meilleure organisation et développement des agglomérations rurales et urbaines ? Quelle est votre vison sur les infrastructures de communication physique, virtuelle et électronique pour que les citoyens vivent, produisent ,aient des lieux de transformation des productions et des infrastructures de transport des produits transformés vers des points de consommation à l’intérieur du territoire comme à l’extérieur ? Pour répondre à ces questions, votre projet de société a besoin de nous convaincre sur votre orientation de base pour ce pays. Pensez-vous que le Bénin doit s’orienter fondamentalement vers l’agriculture par exemple ou qu’il doit principalement se positionner comme un pays pourvoyeur de services ? En lien avec cette orientation de base nous avons besoin de savoir votre vision sur l’aménagement du territoire.

Quelques questions
Chers présidentiables, les citoyens veulent savoir comment vous comprenez les difficultés qu’ils ont à vivre sur leur propre territoire, à y édifier des habitations décentes, à s’y mouvoir eux-mêmes et à transporter les biens et produits pour le commerce interne et dans la sous-région. Si votre projet de société comprend ces problèmes liés à l’aménagement du territoire béninois et au transport, quelles solutions proposez-vous dans l’immédiat ? Quelle vision projetez-vous et par quelle méthode et quels moyens obtiendrez-vous des résultats à court termes et créerez-vous des conditions pour des transformations à long terme?
Chers présidentiables, si nous vous accordons nos suffrages, comment allez-vous respecter les attributions entre le Pouvoir exécutif central et les pouvoirs locaux ? Quel est le lien dans votre projet de société entre l’aménagement du territoire, la décentralisation et la déconcentration en cours ?
Chers présidentiables, à côté de nous, dans la capitale du pays frère et ami qu’est le Burkina Faso, le quartier Ouaga 2000 et ses environs a été viabilisé à l’avance, ce qui permet aux citoyens d’y acquérir des parcelles et réaliser leurs implantations. Serez-vous capables, en collaboration avec les municipalités, de changer la tendance au Bénin pour que les nouveaux quartiers soient viabilisés avant les acquisitions de parcelles afin que nous dépassions enfin les scènes fréquentes et habituelles de quartiers lourdement habités avant le bornage, le recasement et la viabilisation ?
Chers présidentiables, quelle audace avez-vous pour le Bénin dans un domaine où les infrastructures nécessaires dépasseront à coup sûr la durée du mandat d’un président de la République ? Permettez-nous de vous proposer cet exemple qui vient d’Europe: le 17 octobre 2010 à 14h05, 2000 ouvriers de 10 nationalités ont fini, après 15 ans de travaux, de creuser dans les Alpes suisses un tunnel de 57 km de long à 2000 m sous terre. Ce tunnel, le plus long du monde, reliera plus rapidement Zurich à Milan dès 2017 et sera emprunté quotidiennement par 300 trains pour désengorger le trafic ferroviaire européen ainsi que le trafic routier. Nous savons bien que le Bénin n’a pas les moyens de l’Europe, mais même si cela doit se faire sur plusieurs générations, quelle est votre vision sur le trafic routier qui relie le port de Cotonou au nord du Bénin ainsi qu’aux pays de l’hinterland qui ont grand besoin des avantages que leur procure la position géographique du Bénin?
Longue de 1.142 km et culminant à 5.068 mètres d’altitude à certains niveaux, la voie ferroviaire la plus haute du monde reliant la Chine continentale au Tibet a été construite en 50 ans. Quelle vision avez-vous pour le réseau ferroviaire du Bénin ? Et qu’en est-il finalement des ports secs dont on parle beaucoup ? Et le fameux aéroport de Glo-Djigbé?

 

Abbé André S. Quenum

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